×
Accueil Afrique Agriculture Ailleurs sur le web Amerique Asie Chronique Coronavirus Dernieres dépêches Diaspora Diplomatie Education Élection présidentielle de 2020 au Togo En kiosque Environnment Europe Evènement Golfenews auf Deutsch Golfenews in English Humour / Histoires drôles InnovAfrica 2014 Justice LE COIN DES ANGLOPHILES Médias Music-clip vidéo Musique Poème Portrait Présidentielle 2015 au Togo Reportage vidéo Santé Transport
 

 

Buton haut de page
Météo
Mardi 18 Janvier 2022   -   19 : 00 à Lomé
Facebook Twitter Instagram Linkedin Youtube
A propos   |   Contacts   |   Blogs
Pour la Liberté et le Pluralisme
DANS L'ACTU :
 » Une economie faible ne peut pas avoir une monnaie forte », Kako Nubukpo
11 septembre 2015   -   Par Kouamivi Sossou

 
Reçu le samedi 5 septembre 2015 dans l’émission « Eco d’ici éco d’ailleurs », l’universitaire n’a pas caché son inquiétude  des risques de dévaluation du franc CFA. Il évoque quatre défis de la zone franc et pense qu’il faudrait aller vers un régime de change flexible. Il parle d’économie de troc, de servitude volontaire des banques centrales, d’incohérence des politiques publiques, de balances commerciales structurellement déficitaires et de faible ratio crédit sur PIB dans la zone franc. Kako Nubukpo trouve bizarre que le franc CFA de l’Afrique de l’ouest ne soit pas convertible en Afrique centrale. Aussi donne-t-il deux pistes d’arrangement institutionnel pour corriger le faible taux d’inflation et booster la croissance de la zone franc. Il demande aux Chefs d’Etat de la zone franc de dépassionner le débat et d’aller à l’essentiel. Il répondait aux questions de Frédéric Maury (Jeune Afrique) et de Jean-Pierre Boris (rfi). Lisez plutôt.
 
Economiste togolais passé par la plupart des grandes institutions financières ouest-africaines (BCEAO, UEMOA), Kako Nubukpo était jusqu’à une date récente ministre de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques au sein du gouvernement togolais. Aujourd’hui chercheur à l’universtié d’Oxford en Grande Bretagne avant de partir à Princeton, il a retrouvé sa liberté de parole et et répond aux questions de Frédéric Maury (Jeune Afrique) et de Jean-Pierre Boris (RFI). Kako Nubukpo revient en particulier longuement sur la vision très critique qu’il a de l’organisation monétaire africaine et surtout de la manière dont est géré le franc CFA.

Est-ce que c’est le fait d’avoir contesté l’existence et le rôle du franc CFA qui a joué un rôle dans votre départ du gouvernement togolais ?

Non je ne pense pas. Je crois que les fonctions ministérielles comme vous le savez, sont des CDD, des contrats à durée déterminée et c’est une chance qu’on puisse faire appel à vous pour servir. Je crois que deux ans c’est largement suffisant pour apporter sa modeste pierre à la construction de l’édifice togolais et je crois que la vie continue.
 
Alors vous êtes maintenant au poste à l’université anglaise d’Oxford prestigieuse, vous avez passé un an puis une seconde année à Princeton aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme qui vise à former les futurs leaders de l’économie mondiale. Quand on a ce parcourt qu’est-ce qu’on attend de ce passage à Oxford puis à Princeton aux Etats-Unis?

Comme vous le savez, il faut toujours limer sa cervelle contre celle d’autrui et je crois que ce ne sont pas les plus mauvais qu’on rencontre dans ces universités-là.Je vais surtout travailler sur le fédéralisme budgétaire, c’est-à-dire comment faire plus de solidarité en matière budgétaire lorsqu’on est dans un espace avec une monnaie unique. Donc on va comparer l’expérience européenne, américaine, latino-américaine avec celle qu’on a en Afrique.
 
En Afrique de l’ouest ?

Oui en Afrique de l’ouest mais aussi en Afrique de l’Est. Parce qu’il y a une expérience monétaire qui se met en place dans le cadre de l’«East AfricanCommunity » avec le Rwanda, le Kenya et la Tanzanie. Je crois qu’il y a des choses à voir de près là-bas également.
 
Le 11 Août dernier, Kako Nubukpo, le Président Tchadien Idriss Deby  a pris la parole à Abéché au Tchad à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance de son pays et à la surprise générale, il a violemment contesté l’existence du franc CFA, un discours qu’on peut considérer comme historique : « Vous avez aujourd’hui le franc CFA qui est garanti par le trésor français. Cette monnaie-là, elle est africaine. C’est notre monnaie à nous. Il faut maintenant que réellement dans les faits, cette monnaie-là soit la nôtre pour que nous pussions le moment venu faire de cette monnaie, une monnaie convertible et une monnaie qui permet à tous ces pays francophones qui utilisent encore le francs CFA de se développer. Je crois que c’est une décision courageuse que nos amis Français doivent prendre et l’Afrique aussi, la sous-région des pays francophones, face à ce que j’appelle aujourd’hui la coopération monétaire avec la France, il y a des clauses qui sont dépassées et ces clauses-là il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tuent l’économie de l’Afrique. Ces clauses ne permettront pas l’Afrique de se développer avec cette monnaie-là. Ça c’est une réalité. On n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour cela. Donc il faudra que nos amis, historiquement on est lié à la France, nous allons continuer à jouir de cette amitié sincère la France mais il faudra avoir le courage de dire que le moment est venu pour couper un cordon qui empêche à l’Afrique de décoller. Là l question est posée. Ce n’est pas une question tabou. Pourquoi l’ensemble de nos échanges en exportation et en importation passe par la banque centrale de la France ? », dixit Idriss Deby.
 
Alors Kako Nubukpo c’est la première fois me semble-t-il qu’un Chef d’Etat africain d’un pays membre de la zone franc se livre à une attaque pareille contre le franc CFA. Comment vous réagissez à cette attaque d’Idriss contre le franc CFA ? Est-ce que vous partagez ces arguments ? 


Un rectificatif peut-être. Ce n’est pas la première fois. Le Gal. Eyadema, président du Togo, en novembre 1972, lors de la visite du président Pompidou à Lomé, avait eu des propos de la même teneur. Et d’ailleurs suite à ce là, on a connu la révision des accords de coopération monétaire de 1973.
Effectivement, chaque fois que les Chefs d’Etat ont posé le problème de fonctionnement du franc CFA, il y a eu des évolutions institutionnelles. Donc tout le mal qu’on peut souhaiter à cette zone c’est que suite aux déclarations d’Idriss Deby, mais aussi au contexte actuel notamment la montée en puissance de la Chine, qu’on puisse avoir des évolutions institutionnelles dans le fonctionnement de cette zone.
Maintenant s’agissant du fond de ce que dit Idriss Deby, il y a un point sur lequel je ne suis pas d’accord. Ce ne sont pas à nos amis Français de prendre quelque décision que ce soit. Si comme il le dit c’est une monnaie africaine, c’est aux Chefs d’Etats africains de prendre leur responsabilité. Et pour ça nous avons le conseil des ministres de la zone CEMAC à laquelle appartient le ministre Tchadien des finances. Donc on attend de voir quelle s sont les propositions concrètes qu’il va faire dans le cadre du conseil des ministres de la CEMAC puis la conférence des Chefs d’Etats de la CEMAC qui doit se saisir, si tant est qu’il y a besoin de s’en saisir et qu’on voit concrètement les propositions des Chefs d’Etats de la zone CEMAC.
 
Est-ce que vous pensez que les autres Chefs d’Etats pensent comme lui mais ne l’expriment pas publiquement ?  (Frédéric Maury).  
On parle beaucoup du président ObianNguema qui serait sur les mêmes positions. Le 1er octobre nous aurons la réunion de la zone franc et nous serions curieux de voir la position des ministres de finance de la zone CEMAC mais aussi de la zone UEMOA.

 Revenons sur le fond, est-ce que le franc CFA est un obstacle au développement des pays qui l’ont pour monnaie comme le dit le président Idriss Deby ?Disons qu’il y a quatre défis que pose le franc CFA.

Le premier défi c’est la faible part du commerce régional. C’est-à-dire que 70 ans après la création du franc CFA, le 26 décembre 1945, la part du commerce intra régional est toujours inférieure à 15% dans nos pays contre plus de 60% dans la zone euro. Or il n’y a pas de raison lorsqu’on n’échange pas de partager la même monnaie.
Le deuxième défi c’est le défi de la compétitivité. Quand des économies faibles comme les nôtres sont rattachées à une monnaie forte comme le CFA qui est en arrimage fixe avec l’euro qui est une des monnaies les plus fortes au monde, ça agit comme des subventions sur nos importations et des taxes sur nos exportations. C’est-à-dire qu’on a des balances commerciales structurellement déficitaires.
 
Est-ce que vous pouvez détailler « des subventions sur vos importations et des taxes sur vos exportations» ?

Oui c’est que vous avez l’impression d’être riche lorsque vous avez une monnaie forte. Donc plutôt que de produire vous-mêmes ce dont vous avez besoin, vous êtes tentés d’importer ce que les autres produisent, notamment les produits chinois. C’est aussi simple que ça. Lorsque vos producteurs de coton veulent exporter leur coton, comme la monnaie internationale c’est le dollar et qu’elle est faible par rapport à l’euro, vous avez des coûts de production en euro-CFA mais vous vendez en dollar. Ce qui fait que vous n’arrivez jamais à dépasser la zone de coûts fixes donc vous ne pouvez pas être compétitif. C’est un problème de nature structurelle.
Le troisième défi c’est qu’il y a un sous financement chronique des économies de la zone CFA. Le ratio crédit sur PIB est de 23%.
 
Attendez. Là vous êtes très technique. Que veut dire le ratio crédit sur PIB ?

C’est le degré de liquidité d’une économie. C’est-à-dire que les banques ne prêtent pas. Quand on compare avec l’Afrique du sud qui a un ratio de 155% ou la zone euro qui a un ratio supérieur à 100%, on se rend compte que les économies de la zone franc sont des économies de troc. On échange des moutons contre des poulets. Il n’y a pas d’argent qui circule dans la zone CFA.
 
C’est lié à l’existence du franc CFA ?

Ah oui ! Ah oui ! Parce que si vous ouvrez les vannes du crédit, comme nous importons beaucoup parce que nous produisons très peu, ça fait fuir les devises et à un moment donné, nous ne pouvons plus supporter le taux de change entre le franc CFA et l’Euro. C’est purement mécanique.
 
Le quatrième défi qui est d’ailleurs lié au troisième, c’est que nous avons choisi d’avoir des politiques monétaires de pays riches notamment des pays de la zone euro. C’est-à-dire qu’il n’y a aucune ambition de croissance économique.
 
Comment est-ce que vous pouvez dire ça alors que tous les pays africains ont des programmesd’expansion économique, je pense à la Côte d’Ivoire, à votre pays le Togo et à bien d’autres ?

Mais non, c’est simple.
Lire la suite dans le journal Actu Express

Interview réalisée par le Directeur de publication, Isidore Akolor

Agence de presse GOLFENEWS
Casier numéro 83 (Maison de la presse)
42, rue Atimé, Tokoin-Gbadago, Lomé - Togo.
Tél.: 0022893643812, 004915217480731
Email: redaction@golfenews.info
Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux
Facebook Twitter Youtube
© 2013 - 2022   Golfenews - Tous droits réservés.
Powered by eZONE